Beyoncé – Visual Album (Chronique)

Beyonce-Self-Titled-Album-Cover

Vendredi 13, minuit, Queen B décide de créer l’événement et crée un raz-de-marée sur les réseaux sociaux de la planète entière en l’espace de quelques secondes. J’ai préféré laisser retomber l’euphorie pour peut-être rester plus objective dans l’analyse.

Parlons chiffres. Selon les sources de l’industrie, elle aurait vendu 80 000 copies en à peine trois heures. Sans compter le fait qu’elle a fait crasher le serveur Itunes. ET, elle se place directement à la 1ère place du fameux classement Billboard, rien que ça. On apprend que le compteur explose à 828 773 albums, le 3ème jour. Du jamais vu, un record mondial pour une plateforme de musique online.

Si l’on veut retrouver la plus grosse entrée sur les charts de Bee, il faut revenir en 2006, à la sortie de son album B Day, qui avait enregistré 541 000 copies la première semaine. Mais l’intense promo et les singles Déjà Vu et Ring The Alarm déjà sortis expliquent une partie de ce succès.

Maintenant parlons stratégie marketing avant de se lancer dans le vif du sujet. Elle «lance» le concept d’un album visuel, contenant 14 morceaux accompagnés de 17 vidéos. Je dirai plus qu’elle a décidé d’adopter une stratégie différente de lancer tous ces clips en même temps plutôt qu’utiliser le terme de «album visuel». Parce qu’au fond, chaque clip vidéo illustre l’histoire ou le message qu’un artiste a voulu faire passer dans la chanson.

La question que tout le monde se pose : Comment se fait-il qu’il n’y a eu aucune fuite lorsqu’un tel événement se préparait ? Queen B avait déjà tout prévu. En effet, Queen B a donné l’exclusivité à Itunes et à ce jour, on ne possède pas encore d’infos concernant la date de sortie en magasin physique ou sur d’autres plateformes excepté son website personnel qui propose l’album en pre-sale. Mais par-dessus tout, seul un groupe d’une douzaine de personnes ainsi que les membres de sa «famille» chez Sony Records étaient mis dans la confidence.

mrs carter

L’ampleur qu’a pris ce lancement confirme l’influence des médias sociaux qui, à eux  seuls, ont servi à propulser Beyonce au top des charts. Ce « buzz » aura été plus efficace que des semaines et des semaines de promo intense à coups de millions de dollars. Et comme certains journalistes l’ont notifié, on peut remettre en cause le terme « non-marketing ». L’omni-présence de Beyonce, en tant que représentante de Pepsi, sur les médias sociaux a été une promo officieuse pour la chanteuse. De plus, en pleine tournée « Mrs Carter Show » depuis presque un an, il est normal qu’elle n’ait pas pu organiser une promo en bonne et due forme …

Pretty Hurts : émotif, le clip met en scène une Beyoncé qui tente de participer maintes et maintes fois à des concours de beauté sans succès car elle ne convient pas aux «normes» de l’industrie. La morale de l’histoire que l’on connaît déjà : plus on tente de ressembler aux canons de beauté plus on impose à son corps un rythme infernal et on se détruit. Classique. L’artiste est dans sa zone de confort, habituée aux titres à vocation émotionnelle.

Quant à Haunted, on aurait bien vu Riri sur ce beat. RAS comme on dirait, le morceau est bon, original mais rien ne nous soulève.

Après Crazy in Love, passons à Drunk in Love, un des singles phare de l’album, produit en partie par elle-même. Et le clip qui va avec. En effet, Queen B joue encore et toujours sur l’image de son couple. Et ça marche. Visuel en noir et blanc, Bee en tenue vaporeuse sur la plage, à ses côtés Jay avec un verre à cognac à la main, tout match. Et sur un beat où les basses sont bien marquées, elle ajuste sa voix merveilleusement et nous livre un des meilleurs morceaux de l’album.

Blow pourrait très bien être un morceau de Pharell tellement il sonne funky et léger. Et à la production on retrouve bien sûr ce dernier accompagné de Timbaland. Duo gagnant et bonne surprise de la part de Beyonce. On la retrouve en train de danser avec sa bande de potes de façon suggestive en mini short mais toujours en restant sexy. Une bonne musique de lounge en fin de journée d’été au bord de la plage.

Angel joue plutôt dans un registre minimaliste, le morceau passe bien.

beyonce partition

Parlons maintenant de Partition. Un son saturé, voix lascive et un clip qui fait monter la température. Certains trouveront le visuel vulgaire, d’autres y verront la référence au burlesque. On y verrait bien les Pussycat Dolls dans ce registre. Jay y fait une apparition pour la deuxième fois en fumant un bon cigare pour bien appuyer l’image du mari qui regarde sa femme se trémousser. J’ai trouvé ça tout de même moins vulgaire que le Pour it up de Rihanna où la connotation sexuelle était bien trop forte à mon goût, en réponse aux nombreuses personnes qui ont comparé les deux tracks.

Je passerai rapidement sur Jealous, Rocket et XO. Jealous est un morceau typique de Beyoncé. Basses importantes, mélodie aérienne, voix douce, on réentend «Ave Maria» du précédent album « I am Sasha Fierce ». Des morceaux où on se sent bien.

Mine feat Drake. Un sacré morceau, j’ai tenté d’être neutre sur ce morceau sachant ma préférence pour le natif de Toronto. Et pourtant, rien à faire. Ayant demandé l’avis à plusieurs proches (haters or not), l’avis est unanime. Le précédent « Girls Love Beyoncé» de Dreezy n’est peut-être pas tombé dans l’oreille d’une sourde. Grosse surprise, duo un peu inattendu mais qui fonctionne à merveille. Les deux artistes arrivent à chanter individuellement sur des parties du morceau et pourtant ça fonctionne. Et ces variations de rythme et de beat à plusieurs reprises rejoignent ce qu’on connaît déjà de Drake.

Le prochain morceau, Flawless, n’était pas inconnu du grand  public. Le morceau Bow Down était en effet sorti plus tôt dans l’année, droppé par Bee lui aussi par surprise. Morceau où elle s’affirme. Beaucoup diront qu’on y voit Rihanna, je dirais qu’on l’avait déjà vu dans ce registre avec « Diva », peut-être dans une version un peu plus soft. Si quelqu’un doute encore de l’appelation « Queen B », elle a mis les choses au clair une bonne fois pour toutes.

On arrive doucement vers la fin. Superpower feat Frank Ocean. Un peu du mal à me positionner car le beat est vraiment fait pour ce dernier. Un rythme très lent, des lyrics hors rythme, un phrasé très entrecoupé : même le contenu de la chanson est du pur Frank O. Je ne pourrais pas dire que le son est mauvais, juste qu’il est surprenant d’entendre Bee sur ce registre. Dans le vidéo clip, on y retrouve les Destiny’s Child ou encore Pharell qui forment l’armée de la chanteuse.

On finit en douceur avec Heaven et Blue (feat Blue Ivy). Heaven rejoint un peu ma remarque quelques lignes plus haut. On la connaît déjà dans ce registre mais cela n’empêche que l’on prend toujours plaisir à l’écouter. En ce qui concerne Blue, elle achève l’album en beauté, avec un morceau portant le nom de sa fille. Elle tient à confirmer qu’elle assume tous les rôles d’une femme à merveille et joue sur la corde sensible de ses fans. La chanson néanmoins reste très belle et agréable à écouter.

En bonus, j’ajouterais Yoncé, où l’on retrouve sur le visuel les trois mannequins noires les plus en vogue de ces dernières années, je parle bien sûr de Chanel Iman, Joan Smalls et Jourdan Dunn.  En deux minutes, elle réussit à balancer des punchlines dignes des meilleurs rappeurs telles que : « I sneezed on the beat and the beat got sicker. »

« I see music. It’s more than just what I hear. When I’m connected to something, I immediately see a visual or a series of images that are tied to a feeling or an emotion, a memory from my childhood, thoughts about life, my dreams or my fantasies. And they’re all connected to the music. »

Elle explique ici qu’elle «voit» la musique. Elle conçoit la musique plus qu’à une simple écoute. Elle justifie cet album comme une expérimentation nouvelle de la musique comme Michael Jackson a pu le faire pour ThrillerLe tout forme une sorte de court métrage. Au final, ce Visual Album, c’est une volonté de relier l’image au feeling. Intégrer une partie de son enfance et de son histoire pour que les gens ressentent la musique en connexion avec l’image qu’elle a dans son esprit.

Le bilan est plutôt très positif, elle abat ses cartes à la dernière seconde de cette année riche en grands crus musicaux, comme pour dire vous étiez bons but I’m the best. Même si après coup, mon euphorie est moindre sur le « coup de maître » et la stratégie marketing acclamée par tous. Cependant, on ne peut nier qu’elle livre une performance propre et surtout de qualité. On l’aperçoit dans tous les registres, qu’elle maîtrise tous «presque» à la perfection, un album complet en somme. Mais ce qui m’a marqué le plus, c’est qu’elle ose plus se lâcher, elle expérimente de nouveaux styles musicaux ainsi qu’elle ose montrer that she’s a « Grown Woman ». Seul le temps nous dira si ce cinquième album solo de Beyoncé aura réellement marqué l’industrie de la musique au point de changer complètement la donne.

Ninas Ghn

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s