Beeby : « J’ai franchi un cap »

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Pour le connaître depuis l’époque Rap Contenders, je savais qu’en interviewant Beeby, je ne lui poserai pas que dix questions. Deux heures d’entretien pour mieux comprendre ce qui se passe dans le cerveau de ce MC d’Aubervilliers au nombre de projets proche de celui de Lil’B, qui scande « Voodoo ! » sur ses morceaux, qui a collaboré avec Dinos Punchlinovic, Luidji, 3010, Pesoa, Kostan et Lunikar pour ne citer qu’eux. On vous en livre

Après deux ans d’absence, tu es revenu l’an dernier avec Beeby Potter à l’école des Voodoos et Warning le Voodoo, lâchés chacun en l’espace de quelques semaines. Cette année, tu récidives avec Ad Hominem et 4 Saisons, lâchés tous deux en l’espace de deux mois…
Les deux projets que tu cites, c’était vraiment pour donner de la matière. Aujourd’hui, il y a des projets que je ne calcule même plus, qui ne sont plus sur le Net. Ça faisait un moment que ceux qui m’écoutaient n’avaient rien de nouveau à se mettre sous la dent.
Avec Ad Hominem, je pense avoir franchi un cap. J’ai pris mon temps pour le préparer et livrer une nouvelle facette de ma personnalité avec ce projet. Je le conçois plus comme un EP. 4 Saisons est le premier volume d’une série de quatre mixtapes.

Comment fais-tu pour être aussi productif ?
Comment je fais ? Sans aucune prétention, pour moi c’est facile. Une fois que je m’investis à fond, je n’arrive plus à m’arrêter. Je peux enchaîner dix morceaux. .. Après je ne dis pas que je ponds des classiques. 4 Saisons, je l’ai bouclé assez rapidement. Il n’y a pas de gros travail dans le mixage, dans les thèmes, c’était balancé comme ça et voilà. Là, j’arrête de rapper pour un petit moment pour me renouveler…

 

Tu n’as pas de limite quand tu produis un morceau. Pourtant, le rap français comprend plein de codes…
Je le dis tout le temps : je nique les codes du rap français. C’est de la merde. Les français ont leur éthique et sont complexés par rapport à ça. Parfois quand je dis aux gens que je vais faire un truc, ils me répondent : « mais t’as pas le droit de faire ça ! ». Par exemple, Dinos m’a déjà sorti « ouais mais tu peux pas faire ça », mais qu’est-ce qui m’en empêche ?
La dernière fois, avec Mo, le pote de Luidji, on parlait des rappeurs qui n’ont pas vraiment de culture rap. Je lui ai dit que ce n’était pas mon cas non plus. Il m’a répondu « ouais mais toi t’es Beeby ; t’es un mec tellement anticonformiste que demain tu dis que t’es fan de Johnny, les gens trouveront ça normal ». Je pense que si les gens se disent ça de moi c’est que je réussis à apporter une certaine dose d’originalité….Là j’essaye d’apporter un nouveau truc, de les décomplexer, les extravertir. Je me base sur le modèle des States. Là-bas, ce sont les mecs qui sortent des codes qui marchent. Tu vois Young Thug, je l’écoute pas plus que ça mais à chaque fois je me dis qu’il est grandiose. Un mec comme Future, tu le mets en France, tous le monde va cracher dessus : « c’est quoi ce mec qui fait de l’autotune nananana ». Pareil pour Chief Keef. En France, on attend que les américains sortent un truc pour se mettre à faire pareil. Les français attendent que les américains créent un truc pour s’en inspirer et le faire à leur façon ; ils ne veulent pas avancer par eux-mêmes. Dès qu’un mec tente de sortir du lot, ils vont s’exclamer « ah il est bizarre lui ! ». Booba a sorti 0.9. C’est son album qui a été le plus critiqué. Quand je le réécoute aujourd’hui, je pense qu’il l’a produit trois ans trop tôt.

 vooddoo

Quels ont été tes retours pour Ad Hominem ?
Les gens se sont mangés la gifle que je voulais leur mettre. Ils ont vu que je revenais, que j’avais progressé…

Pour moi, c’est l’un des meilleurs projets du rap français depuis un an…
Ah ouais ? Pourtant, je préfère 4 Saisons !

Parle moi justement 4 saisons. Quels ont été les retours que tu as reçus de ce projet et quel regard portes-tu dessus ?
Pour moi, c’est mon meilleur projet. J’ai prouvé que je savais écrire, que je pouvais raconter une histoire sur seize mesures. Là je suis à la case « refrain qui reste dans la tête » . Barbec soleil bord par exemple : les gens qui étaient avec moi n’aimaient pas trop le refrain. J’ai coupé le son. Les mêmes gens le fredonnaient « on veut des barbec barbec soleil bord » !
Mon but était de faire des morceaux avec des refrains qui restent dans la tête. Avant, j’écrivais des refrains sophistiqués, je cherchais à mettre des punchlines dedans… J’ai commencé avec Le jour d’après : le refrain est tout simple. J’essaie de simplifier mes refrains. Ça apporte en fluidité.

 

Et que penses-tu de Champagne ? Tu nous as livré le tube de l’été là ?
Ce son, si j’avais la visibilité d’un mec comme Gradur, j’aurais tourné en boîte tout l’été. C’est un morceau qui fait l’unanimité. Que ce soit dans ma cité, avec mes potes, ou avec des meufs. L’autre jour en concert, j’ai vu une meuf en concert se déchaîner sur Champagne, j’ai halluciné ! Une meuf qui se déchaîne sur un de mes morceaux, c’est rare ! (rires) Surtout que je n’ai mis que deux heures à faire ! Dans le même genre, un de mes cousins m’a dit qu’un de ses cousins, un vrai gars de la street, a kiffé de ouf et chantait le morceau…

 

Sur ton dernier projet, on retrouve Pesoa, qu’on n’avait plus entendu avec des rappeurs de ton collectif depuis un moment… C’est un retour aux sources un peu…
(rires) depuis belle lurette. J’avais besoin de créer un peu la surprise. Mes projets devenaient redondants, on retrouvait souvent les mêmes têtes… Je me suis dit « allez, je vais apporter un peu de neuf ». Ça montre que la hache de guerre est réellement enterrée entre nos deux équipes même si je n’ai jamais eu de problème avec Peso. C’est un bon gars.

Comment t’es venue l’idée de Cortèges ?
Cortèges, ce sont est super réfléchi en fait. Je ne sais même pas comment j’ai fait. Dans ce son, je pisse sur tous les autres rappeurs pendant qu’ils enterrent leur carrière. J’ai l’habitude de prôner l’unité entre les artistes parce que, au fond, on a la même passion et c’est bête que chacun fasse sa musique dans son coin et entretienne son petit bout de public alors qu’ensemble on pourrait toucher bien plus de monde. Pour Cortèges, j’ai dû me dire « puisqu’ils veulent rester dans leur coin je vais leur pisser dessus » au moment de l’écrire ! (Rires)

 

On voit aussi Double Z sur la tracklist. Le nouveau MC que Beeby présente au rap jeu ?
Il était déjà présent sur deux sons dans Beeby Potter sous le nom de J-Welzz. Julien, c’est un mec que j’ai toujours kiffé. Depuis la première fois que je l’ai entendu. Le mec est super bon ; ses phases sont très recherchées… C’est du rap subtil. Les gens kiffent pas toujours. Je rappais comme ça mais les gens aiment pas quand c’est trop complexe. Quand le mec peut montrer l’étendue de son intelligence sur un morceau, je l’admire. Des mecs comme lui, Youssoupha, Nakk… Quand je ne comprends pas une punchline du premier coup, je suis content parce que je vais me creuser le crâne pour la comprendre. La langue française est riche et ceux qui la manient le mieux sont des savants. Je kiffe le rap savant.

On retrouve aussi Kostan…
(Il coupe) C’est lui qui m’a donné cette rigueur de travail. C’est le plus gros bosseur. J’étais en studio avec lui l’autre jour… putain, le mec va aller loin… il a sorti un couplet mec, j’étais le seul à remarquer qu’il venait d’inventer un nouveau flow, une nouvelle rythmique. Le mec ne fait que de monter. Quand il a créé la BTPKR, c’était le Puff Daddy de l’équipe : il posait quatre mesures et il se barrait. Les mecs l’appelaient « Boss ». Depuis, sa courbe ne fait que de monter, elle ne plie jamais.

Sur la scène du Glazart, tu en as encore invité un paquet sur scène…
J’avais 30 minutes. J’avais pas envie de passer pour un connard. Je suis humain. Au bout de 20 minutes, je peux en lasser. Donc j’ai préféré mettre en avant un mec comme T-Dead qui fait ses trucs dans l’ombre. Si au final c’est un de mes negros qui croque, je serai tout aussi fier.

 Beeby, Kostan et une partie du Eddie Hyde au Glazart

 

 4 saisons en téléchargement ici

Ad Hominem en téléchargement ici

 

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Interview réalisée par L’Ours Blanc
La suite dès la semaine prochaine

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