Fear Of God L.A par Jerry Lorenzo : Osez la dégaine Skinhead

Fear Of God par Jerry Lorenzo  Optez la dégaine Skinhead

Il y a quelques mois, nous écrivions sur ces marques à la fois urbaine et haut de gamme qui allaient faire la différence en 2014, parmi elles, Off white, Marcelo Burlon, En Noir, Hood By Air, KTZ. Sans grande surprise, ces griffes aux influences hybrides connaissent un succès grandissant au fil de leurs collections. Cependant, prévoir la popularité de marques telles que Off White ou Hood By Air n’avait rien de bien prophétique, en suivant l’évolution des tendances et en étant assidûment présent sur les médias sociaux tels que Tumblr ou Instagram étaient suffisant pour se faire une idée de l’impact grandissant de ces marques. Tout le palpitant de l’année 2014 allait donc se faire auprès des outsiders qui réussiront à tirer leur épingle du jeu sans que nous les voyons venir.
Dans ces nouveaux acteurs, Fear Of God LA est en première ligne. Sans doute, avez-vous déjà entendu parlé ou connaissez déjà cette marque pour son fameux bomber dont Kanye West ou Asap Rocky ont adopté le port. Le cerveau derrière tout cela se nomme Jerry Lorenzo, Fondateur et Directeur Artistique de Fear Of God. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’entrepreneur créatif ne se qualifie pas comme étant un Designer, simple question de formation et de respect pour cette profession, étant donné qu’il ne dessine pas ses créations.

Le sens des mots importe beaucoup pour le natif de Californie qui a choisi un nom fort de sens en guise de marque. « Fear Of God » (qui signifie « Peur de Dieu ») nous pousse à ce que l’on se pose la question pourquoi avoir choisi un nom de marque à connotation religieuse. Lorsque cette question lui est posée, Jerry L. répond que pendant un long moment, la religion n’avait pas de grande importance pour lui. Mais que l’idée du Très-Haut et de son Palais avait une profondeur artistique sur laquelle il devait s’appuyer dans son processus créatif. Un nom tel que Fear Of God semblait donc totalement approprié à l’univers gothique dans lequel il s’apprêtait à immerger.

Ses années Kurt Cubain comme inspiration…

Avec un père ancien joueur de Baseball de la MLB [Jerry Manuel], le jeune homme a fréquenté les écoles privées, ainsi que la jeunesse blanche des beaux quartiers. De ce fait, pendant son adolescence dans les années 90, lorsque le Grunge, popularisé par le défunt Kurt Cubain, fait vibrer la « White America », Jerry Lorenzo devient naturellement fan de Nirvana, par la suite il en fera l’une de ses inspirations majeures dans l’élaboration de Fear Of God. La chemise bûcheron à carreaux, l’absence de couleur ou encore l’aspect négligé des mannequins fait directement référence à cette culture. Soit dit en passant, le parcours du gamin afro-hispanique plongé dans un climat interculturel rappelle celui de Virgil Abloh, l’un de ses confrères et ami, qui lui aussi a été très influencé par Nirvana.

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#FearGeneration un mouvement, un concept.

Pour avoir popularisé en aussi peu de temps son produit, concevoir de bons vêtements ne suffit plus. Il a fallu que le Directeur Artistique rende, plus que jamais, son concept viral en utilisant comme fer de lance les réseaux sociaux, Instagram et Tumblr en tête de liste. En effet, le premier étant un outil de promotion parfait pour capter de nouveaux adeptes, le second offrant un aspect communautaire et avant-gardiste, Jerry Lorenzo a su habilement se servir de ces derniers pour étendre la #feargeneration. Ce hashtag, qui signifie donc la « génération de la peur », est fréquemment utilisé pour illustrer des visuels de la marque située Fairfax district. Celui-ci fait référence à cette jeunesse effrayée par l’ordre établi, mais sceptique des traditions conservatrices. Encore une fois, on retrouve ces atomes crochus avec Pyrex Vision et bien d’autres marques de Streetwear haut de gamme ayant émergé ces dernières années qui sont : une jeunesse interraciale passionnée de mode, très connectée aux réseaux sociaux, avec des valeurs progressistes. Bien entendu, avec en plus les quelques leaders d’opinion, que sont Kanye West ou Wiz Khalifa, qui arborent les pièces de Fear Of God, cela n’a pu que déployer la notoriété de la marque et asseoir sa crédibilité.

Kanye West vêtu du bomber Fear Of God

Kanye West vêtu du bomber Fear Of God pour GQ Aout 2014

Créer la controverse…

La culture grunge du début des années 90 n’est pas la seule à avoir orientée l’univers artistique du D.A, les Skinheads y ont également contribué. Certains doivent déjà s’outrer à la vue du terme « Skin-head » en stigmatisant ces jeunes prolétaires caucasiens rasés à blanc, parfois néo-nazi. La marque a d’ailleurs crée la controverse et a reçu de multiples critiques et insultes dans les médias sociaux à ce sujet. Pourtant, il faut rappeler que le mouvement Skinhead est née de la rencontre entre les « mods », ces jeunes blancs anglais passionnés de musiques Afro (Reggae, Ska Soul,…) et les Rude Boys, des jeunes jamaïcains vivants à Londres. C’est seulement lorsque la situation économique s’est aggravée en Grande Bretagne dans les années 70, quelques groupes Punk Rock haineux sont arrivés, que le mouvement fasciste va germer. Aujourd’hui encore, Il est difficile d’identifier une communauté hétérogène de Skinheads, ce qui laisse donc place aux amalgames. Fear Of God empreinte les codes vestimentaires de ce mouvement depuis ses premiers visuels sortis en 2013, et partage aussi un socle de valeurs avec les initiateurs de ce mouvement, qui se voulaient humanistes et tolérants.

Une troisième collection à date, une direction artistique constante…

À première vue de la Third Collection, la dernière en date, Fear Of God exploite toujours autant ce qui a fait son succès, c’est à dire allier le décontracté au style, en y ajoutant une touche d’extravagance. Sans compter les chemises à carreaux, Les marinières extra-longues sont les seuls vêtements à motif de la collection. On note que les couleurs se font toutes aussi rares, le gris sera une nouvelle fois dominant. Une énergie glaciale donc, voir austère, se dégage du lookbook, une ambiance en cohérence avec l’idée de départ qui était de recréer un univers ténébreux et spirituel tout en subtilité. Car à l’inverse de Givenchy ou plus Streetwear Black Scale, la marque de Streetwear High-End Fashion n’exprime pas son appartenance au Street-Gothique avec des éléments aussi explicites que des imprimés et l’usage systématique du noir. Le Directeur Artistique va plutôt revisiter des pièces phares du vestiaire skinhead ou grunge, tel que le parka militaire, qu’il va ajuster et rendre plus élégant, ou encore froncer les manches de son bomber MA-1 afin de donner un aspect plus décontracté à la veste. Et c’est de la superposition de ces pièces que l’on ressent pleinement l’état d’esprit mystique et rock de la marque. La Third Collection laisse également croire que le confort est l’un des leitmotivs de Jerry Lorenzo, on le voit à l’ensemble des hauts conçus avec des coupes amples, et des matières souples utilisées, du coton à la soie, en passant par l’élasthanne à l’angora. Après un tel succès, nous avons hâte de voir ce que la marque aux inspirations grunge nous réserve pour la suite.

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